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C'était le 11 mars 2011 à 14 heures 46

14 mars 2012

De longues secousses successives sur 1000 kilomètres de longueur, la partie nord-est du Japon est secouée, à 14 h 46. Une demi-heure plus tard, un gigantesque tsunami commença à déferler encore et encore sur 500 kilomètres de la côte de l'Océan Pacifique. Plus de 20 000 morts ou disparus et des centaines de milliers de réfugiés sauvés des "grandes eaux".

C'était le 11 mars 2011 à 14 heures 46

Père Nozomi et Père Ludo à Ofunato

Le 25 mars, avec le Père Ludo, nous étions en route vers Ofunato dans le Nord Est, petite ville à moitié dévastée par le tsunami. J’y suis resté 6 mois. La petite église est construite sur une colline et la vague n’a emporté que la chapelle pour les urnes funéraires. Le jardin d’enfants, derrière l’église, a été sauvé. La plupart, d'un seul coup, ont tout perdu. Quelques jours plus tard, ce sont les centrales de Fukushima qui fondent et explosent, tsunami de radiations invisibles...

Le père Nozomi, qui nous racontait cela pendant le pèlerinage Foi et Lumière de Nara en octobre dernier avec un grand album de photos, a écrit un très beau et émouvant témoignage pour le bulletin des Petits Frères de Jésus. Un an après cette catastrophe, voici ce témoignage de ce qu'il a vécu dans une paroisse du nord du Japon qu'il a rejoint avec le Père Ludo Ibaragi, aumônier de Foi et Lumière au Japon.

Arrivée dans une région dévastée
Tout au début de notre arrivée, il n’y avait pas d’eau au robinet. On allait prendre l’eau dans une famille de la paroisse et aussi tous les deux jours un bain chaud. Le papa de cette famille est un homme remarquable, sa femme aussi. C’est lui qui nous guidera un peu partout dans la région dévastée. Son frère, jésuite, enseigne entre autres choses le droit canon à Rome depuis 20 ans.

"Tu es vivant !"
Il n’y avait pas non plus d’électricité. A la tombée de la nuit tout est noir, non seulement dans l’église et à la maison, mais partout autour. Le tsunami a tout détruit, vraiment tout. En plus il fait froid ! Nous n’avons qu’un vieux poêle. Et les secousses sismiques continuent, petites et grandes... Celle du 7 Avril à minuit, nous a fait vraiment peur. C’est ainsi que nous avons pu comprendre, prendre part un petit peu à l’angoisse de tous les gens de cette région.

Deux semaines après notre arrivée à Ofunato, l’électricité est revenue à la maison mais pas à l’église. Nous avons commencé à préparer la semaine sainte et la fête de Pâques de tout notre cœur. À la messe du dimanche, une maman des Philippines avec son bébé dans les bras, accompagnée de son mari bouddhiste, est arrivée dans l’église et ce fut un grand cri de tous : tu es encore vivante ! Et tous d’applaudir longuement. « Bonjour, comment ça va ? » est remplacé par « tu es vivant ! ». Pendant encore quelque temps ce sera la manière de se saluer ici.
Nous avons eu une belle fête de Pâques, le 24 Avril, dans la joie de Jésus ressuscité. Il y avait même les caméras de la télévision parce que l’un des paroissiens de cette petite église est assez connu. Il est médecin mais aussi exégète. Il a appris le grec et l’hébreu pour traduire les Évangiles en dialecte local. L’interview où il raconte le tsunami est super, difficile de ne pas pleurer et nous n’étions qu’une vingtaine à cette messe de Pâques...

Un chauffeur et ange gardien
Ludo est reparti vers Wakayama, laissant de bons souvenirs aux uns et aux autres, dans cette période si lourde. Juste à ce moment, un français âgé de 75 ans est venu comme chauffeur bénévole. Il a été comme mon ange gardien pour visiter avec sa grosse voiture les familles dans la détresse. Surtout les familles où la maman est des Philippines et le papa, Japonais et bouddhiste. Il m’a aidé pendant 3 semaines à me déplacer, rien ne fonctionnait encore.
Ensuite, beaucoup de ces mamans des Philippines qui avaient tout perdu dans le tsunami sont venues à l’église d’Ofunato. À ce moment-là, je me suis senti devenir « Monsieur le Curé ». Un jour, deux jeunes femmes des Philippines se sont présentées ensemble, deux sœurs. Elles habitaient au bord de la mer dans un village de pêcheurs. Leurs maris et grands-parents sont tous bouddhistes. Elles vivent une insertion magnifique dans leur milieu depuis plusieurs années comme épouses et mamans. L’une d’elles, en toute simplicité, m’a demandé : Vous n’êtes pas marié ? J’ai répondu que j’étais un prêtre catholique. Son questionnement, son doute sur moi m’a rassuré, j’ai compris que je n’avais pas l’air d’un Monsieur le Curé...

"Le Seigneur soit avec vous !"
À travers toutes ces expériences vécues, je me pose la question : comment Jésus le Nazaréen est-il présent à toutes ces situations-là ? Avec toute ma foi je peux dire « le Seigneur soit avec vous » mais je n’ose pas dire « le Seigneur est avec vous ». Ce n’est pas possible ici-bas, seulement dans l’au-delà. « Être avec » n’est pas toujours évident pour nous mais pour le Bon Dieu rien n’est impossible ! Même si on est englouti et noyé, dans le noir, j’ose croire que Jésus est derrière moi.
Personnellement, je ne sens pas du tout la réelle présence de Jésus le Nazaréen dans la vie quotidienne, à chaque instant. Ne pas voir le visage humain de Jésus devant moi, c’est plutôt une consolation qui me rassure. La foi me conseille de regarder seulement le dos de Jésus et de le suivre, de suivre Jésus qui marche devant moi...
Avant de terminer, je dois dire un grand merci aux frères et aux sœurs qui ont prié pour les victimes du 11 Mars et de l’aide importante envoyée par la Fraternité Générale. Elle a été répartie à chaque famille de la paroisse affectée par le tsunami.

Accueil, bonté et patience
Je suis très content d’être de retour à Wakayama. J’ai accompli « ma mission » grâce à tous ceux et toutes celles qui m’ont aidé, à leur manière souvent originale.
Au fond, qu’est-ce que j’ai fait là-bas ? L’évêque m’a demandé d’être un simple gardien de l’église et de prier comme Abraham (Genèse 18-16). Comme je ne peux pas me déplacer en voiture, je restais souvent à l’église. Donc plein de temps à ne rien faire au début. Mais après Pâques, je suis devenu extrêmement occupé, du matin jusqu’au soir, pour accueillir les visiteurs d’un peu partout. Mon travail d’accueil s’accordait très bien avec le sens extraordinaire de l’accueil des Philippins, auquel s’ajoutent la bonté et la grande patience des pauvres gens de cette région. Grâce à toutes ces personnes rencontrées, je découvre que Dieu m’appelle à une vocation d’hospitalité. Tout au long de ma vie de Petit Frère, comme travailleur, je n’étais bon à rien et je le suis toujours. Grâce à cette expérience de gardien de l’église, je suis rassuré et content de m’efforcer d’ouvrir à l’accueil nos fraternités du Japon, comme la Sainte famille de Nazareth.
 

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