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Octobre 2009

Extrait du carnet de route "Avec Moïse, un peuple en marche"

Le thème du mois pour nourrir la rencontre de notre communauté :
"Le buisson ardent".


Moïse s’est enfui au désert, loin de chez lui. Sans appui, sans ressources, il s’installe au pays de Madiân.Indispensable temps de questionnement,
d’approfondissement, d’attente. A Madiân, Moïse se lie avec un prêtre local, Jéthro. Il épouse sa fille, Tsipporah, qu’il appellera affectueusement Tsipi. Le
voici berger, marié, bientôt père de famille. Son histoire aurait pu continuer
ainsi et ressembler à n’importe quelle histoire humaine. C’était sans compter sur l’appel de Dieu. Dieu – qui se souvient de la souffrance de son peuple – a pour lui une mission. Même après l’échec, Dieu peut relancer une vie.

Les pas des nomades suivent toujours les mêmes pistes. Un jour, les pas de Moïse quittent la piste habituelle. Alors qu’il fait paître le troupeau de son beau-père, il parvient jusqu’à une montagne dans le Sinaï. C’est là que Dieu fait irruption dans sa vie. Un ange de Dieu lui apparaît dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson. Chose étrange, ce buisson en feu ne se consume pas. « Pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? », se demande Moïse, touché par un pressentiment indicible. Ce buisson ardent lui apparaît comme le symbole de la vie à sa source. Notre vie brûle et se détruit. Il n’en va pas ainsi de ce buisson. C’est comme si Moïse entrevoyait la vraie vie, la vie toujours nouvelle, la vie qui vient de Dieu.

Moïse fait le tour du buisson pour tenter d’en percer le secret et voici que Dieu l’appelle : « Moïse ! Moïse ! » Quoi ? Dans ce désert, où il avait fui et se trouvait loin de tout, quelqu’un connaît son nom. « Retire tes sandales », dit encore la voix divine. Il faut être disponible pour entrer dans le mystère de Dieu, se laisser toucher par le Seigneur. « Ceci est une terre sainte », ajoute la voix. Comment ? Ce lieu de désolation, ces pierres et ces cailloux, ce repère de bêtes sauvages ? Ce désert où il croyait être seul et abandonné, une terre sainte ? Lieu de la présence du Très Haut ? Oui, car ce n’est pas Moïse qui cherche Dieu, c’est Dieu qui vient à sa rencontre. Et Dieu cherche Moïse là où il est. Tout lieu où Dieu rencontre l’homme est une terre sainte.

Que va dire Celui qui vient à la rencontre de Moïse ? Il sait que les enfants
d’Israël sont dans une situation intolérable. Lui qui est un Dieu d’amour et de tendresse, il ouvre son coeur à Moïse : « J’ai vu la misère de mon peuple. J’ai entendu ses cris. Je connais les angoisses qui l’accablent » (Ex 3,7). « J’ai vu, j’ai entendu, je connais », dit Dieu. S’il est vraiment Dieu, il n’est pas indifférent à la souffrance des hommes. Toute souffrance. De tous les hommes.

Devant la détresse, Dieu se doit d’agir. Il va envoyer le berger qu’il s’est choisi pour conduire les fils d’Israël vers la liberté : « Maintenant va, dit-il à Moïse, je t’envoie. Fais que mon peuple monte vers la Terre de la promesse. Je serai avec toi ». Mais qui est donc celui qui l’envoie ? Moïse voudrait en savoir plus. Le Dieu, inconnaissable, au-delà de tout, maître de l’infini, peut-il donner son nom ? Et voilà ce qui est étonnant : Dieu dit son Nom, car Il veut s’engager, livrer une part de lui-même, entrer en communion. Dieu dit : « Je suis celui qui est ». Et il ajouta : « Tu diras aux fils d’Israël, “Yahwéh, le Dieu de vos pères, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob m’a envoyé vers vous ”. C’est mon nom pour toujours » (Ex 3,14-15). Ce nom donné à Moïse demeure mystérieux. On pourrait également traduire, « Je suis qui je serai ». Comprenons, « Ce que Je suis, tu le découvriras dans ce que je serai et ferai avec vous tout au long de votre histoire ». Moïse peut dire aux Hébreux, « “Celui qui est” est avec moi ; il est avec vous de la manière que vous verrez ». Engagé au service de ses frères et soeurs, c’est dans l’histoire de son peuple que Moïse découvrira peu à peu qui est Dieu. Un Dieu qui est là à nos côtés, mystérieusement présent.

Moïse a quand même une dernière hésitation : « Qui suis-je pour aller trouver Pharaon et guider les enfants d’Israël ? Un pauvre berger perdu au milieu du désert ! » Dieu répondit : « Ma grâce te suffit. Ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Moïse reprit : "Jamais le roi d’Egypte ne nous laissera partir. Pourquoi m’écouterait-il ? Et puis, tu le sais, je ne suis pas doué pour la parole. J’ai la bouche pesante et ma langue est malhabile". Dieu lui dit encore : "Adam savait-il parler lorsqu’il donna leur nom aux animaux de la terre ? Qui le fit parler ? N’est-ce pas moi, le Seigneur ? Tu parleras, si ma parole est dans ta bouche. Quant à ce bâton, prends-le en main. Avec lui, tu feras des choses étonnantes". Et Moïse partit.

Père Guy Vanhoomissen, sj
Illustrations : Frère Réginald Picke, Communauté Saint Jean






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